Mahakala-à-quatre-bras

Qui n’a pas eu une réaction de recul lorsqu’il a posé son regard, pour la première fois, sur une représentation de divinités courroucées?

L’espace d’un instant, l’idée d’une force maléfique nous traverse l’esprit, la crainte s’immisce en nous, inutilement, par manque d’informations concernant ces personnages appelés « Dharmapalas », les divinités courroucées.

Effectivement, une immense force se dégage de ces êtres, mais pour une cause beaucoup plus noble que celle que nous aurions pu imaginer au départ, car ils représentent les manifestations d’êtres illuminés, les Bodhisattvas.

Chacune de ces représentations a une tâche très spécifique, mais le principal rôle qui leur est assigné est celui de « protecteur ».

Issus au Tibet de croyances populaires prébouddhiques, à l’origine, les propos tenus à leur égard les définissaient comme des démons locaux ou Lokapolas (gardiens de la région). Ces démons auraient été domptés par Padmasambhava et seraient devenus les protecteurs de la doctrine du Vajrayana[1] et de ses institutions. Il est dit que la protection qu’ils offrent est mise à la disposition du sadhaka qui les invoque lors de sa sadhana, afin d’être à l’abri des dangers et des mauvaises influences qui pourraient entraver son développement spirituel.

Trois Dharmapalas au Centre de la Fondation Poorna-Jnana Yoga

Palden-Lhamo Hayagriva en Yab Yum  Mahakala blanc
Palden Lhamo Hayagriva en
Yab Yum
Mahakala blanc

Considérés comme une manifestation de méchanceté des Bodhisattvas, ces divinités courroucées permettent au chercheur sur la voie de se dépasser. Ils personnifient les forces de la destruction et de la transformation qui s’exercent tant sur les obstacles intérieurs qu’extérieurs. Manifestant l’autre facette d’une médaille, ils confirment la présence bien réelle des pôles opposés en ce monde et leur nécessité. La colère que chacun d’eux semble afficher représente, en réalité, une aide sur la voie qui conduit les chercheurs sérieux à l’illumination. Ils ébranlent et fissurent les défenses rationnelles et deviennent des libérateurs. Ces divinités permettent au sadhaka de surmonter les obstacles de sa conscience et de créer un flot qui lui offre la possibilité d’acquérir une certaine ouverture d’esprit afin d’accueillir la nature réelle de son être intérieur.

Les formes courroucées du bouddhisme existent dans le but de détruire les illusions qui obstruent la claire vision. Comme mentionné précédemment, elles véhiculent, en elles, une force incroyable, chargée d’écarter les obstacles à toute pratique spirituelle sincère. Émanations des Bouddhas, le but de leurs présences n’est pas d’effrayer l’individu, bien au contraire; elles agissent davantage tel un garde du corps pour aider à avancer sur la route empruntée.

Nous les reconnaissons à leurs cheveux roux, à leur auréole enflammée. L’expression de leur visage est très énergique, leurs yeux sont protubérants et leur bouche grande ouverte laisse paraître de grandes dents et une langue tirée. Ils portent une chaîne autour du cou et une ceinture décorée de crânes humains, tandis que les bagues à leurs pieds ont parfois une forme de serpent. Leurs cheveux sont coiffés d’une couronne ornée de cinq têtes de morts correspondant aux cinq sagesses que nous pouvons acquérir grâce à la transformation des cinq défauts[2] présents chez l’être humain.

Parmi les Dharmapalas les plus connus, on retrouve :

  • Yamantaka, vainqueur du Démon de la mort;
  • Yama préside le tribunal des morts, où chacun doit passer avant de faire un pas de plus;
  • Beg-Tsé, divinité d’origine indienne, devenu dieu guerrier tibétain, protecteur des Dalaï-Lamas;
  • Mahakala, nommé aussi le Grand Noir, aspect de Shiva et forme courroucée d’Avalokiteshvara;
  • Hayagriva, aspect furieux d’une divinité protectrice à tête de cheval dans les cheveux, est gardien des Saintes Écritures;
  • Devi Lhamo, Dharmapala féminin la plus angoissante, symbolise la déesse de la destruction dans l’indouisme, Kali;
  • Sita Brahman, Dharmapala non démoniaque, représente le Dharma blanc.
  • Kubera, Dharmapala non démoniaque, est l’expression de Jambhala, Gardien du Nord, dieu de la richesse et de la prospérité.

Mahakala blanc

Mahakala Blanc

Parallèlement aux Dharmapalas, nous retrouvons des divinités similaires nommées « dieux Krodha ». Ils sont l’émanation de dieux hindous et ne sont pas les gardiens du Dharma :

  • Vajrapani, dieu de la pluie et des orages, est souvent représenté au sein d’une trinité en compagnie d’Avalokiteshvara et de Manjushri. Ensemble, ils symbolisent la Quintessence de l’attitude, de la parole et de la pensée juste;
  • Acala est l’avocat des morts en présence de Yama;
  • Rahu représente neuf planètes et leurs dieux respectifs.

Maintenant plus riche de ces informations montrant le vrai visage des divinités courroucées, porterez-vous, dorénavant, le même regard à leur égard?

Références :
JANSEN, Eva Rudy. Le Livre du Bouddha, divinités et symboles rituels du Bouddhisme, Édition Binkey Kok, 1992, 80 p.
Collectif. Dictionnaire de la Sagesse Orientale, Édition Robert Laffont, Paris, 1989, 752 p.
MIDAL, Fabrice. Le Bouddhisme à travers 100 chefs-d’œuvre, Presses de la Renaissance, Paris, 2007, 216 p.

[1] Les cinq défauts sont la colère, le désir, l’avidité, l’ignorance et la paresse.

[2] Vajrayana signifie littéralement le véhicule (yana) de diamant (vajra). Expression de la Compassion universelle, elle est l’une des voies du bouddhisme tantrique du Tibet. (Patrick Hautrive, Lodève 2009, Lannion, 2012).