paroles simhananda poorna-jnana yoga

L’ego est essentiellement un tyran. Il veut le contrôle, la suprématie, souvent à notre insu. Pourtant, un jour nous devrons devenir le maître de notre propre barque, c’est-à-dire apprendre à contrôler les voiles de notre ego. Lorsque notre ego s’efface, ne serait-ce qu’un court instant, l’humilité s’installe en nous, et nous ressentons la paix et l’unification avec le Tout.
La nature nous le démontre quotidiennement. Observons le coucher du soleil, la façon dont il allume les feuilles des arbres et rend la forêt en jubilation. Tout devient alors lumineux, exalté. Puis contemplons l’aube : alors que les premières lueurs du soleil s’apprêtent à se lever, le calme s’installe, il n’y a aucun bruit, juste le silence. Telle est la raison pour laquelle, en Inde, le coucher et le lever du soleil sont toujours célébrés.

Un tel spectacle crée une ouverture du cœur. Les défenses tombent, la tristesse aussi; et, pour un court instant, dans cette ouverture, nous nous unissons au phénomène, nous devenons le spectacle. Il n’y a plus rien à défendre ni à protéger; il ne nous reste simplement qu’à célébrer le moment. Voilà pourquoi je peux affirmer que la source du bonheur est dans l’oubli de soi, dans l’oubli de notre importance et dans la prise de conscience que la seule chose qui importe est de participer activement à l’invitation que la Création nous envoie.

C’est pour cette raison que j’ai photographié, à Lhassa, une petite mendiante assise sur le trottoir. Elle faisait partie d’un petit groupe d’enfants de la rue, tous des enfants abandonnés. Même vêtue de guenilles, sale et le nez morveux, elle nous regardait toujours avec un grand sourire. Cette enfant n’avait rien à manger, mais son sourire venait du fond de son être, malgré toute cette misère. Alors, comment se fait-il que nous gardions constamment la mine basse tandis que nous sommes loin de vivre autant de malheurs ? Oublions-nous de rendre hommage à la vie et de bénir notre quotidien ? Plus nous réussirons à développer un amour authentique envers la famille humaine entière, plus nous vivrons une joie spontanée et adopterons une attitude exaltée face à ce qui se présente.

Souvent les étudiants me demandent comment peuvent-ils arriver à dépersonnaliser les problèmes du quotidien et moi de leur répondre que la seule façon c’est d’apprendre à aimer ce cadeau qu’est la vie. C’est un cadeau que nous avons tous reçu. Acquérir l’enveloppe corporelle humaine est une chance inouïe, qui vient néanmoins avec son lot de responsabilités. Humain veut dire « homme ou être de Dieu », et c’est notre responsabilité de faire circuler cette Lumière divine à travers tous les pores de notre peau, à travers nos paroles et nos gestes. Puisque le Verbe fut avant que ne fût la Création, notre parole doit devenir le reflet de ce Verbe. C’est à nous de l’employer judicieusement en cessant surtout de nous plaindre.

Nous savons tous intuitivement que la vie est sans fin, sans bornes. Voilà pourquoi je mentionne souvent que nous sommes beaucoup plus grands que tout ce que nous pouvons concevoir ou imaginer être. N’oublions pas que l’imagination est irréelle : il existe quelque chose de beaucoup plus vaste à l’extérieur de toutes les potentialités du corps imaginatif. Dans un sens, nous sommes appelés à cesser de penser à ce que nous sommes d’une façon limitative. Il est vrai que, d’un certain point de vue, nous sommes limités, imparfaits; il est également vrai que nous vivons dans un monde imparfait et qu’il y a peut-être bien des choses à corriger, en commençant par nous-mêmes. Mais, il n’y a pas que cela ! Tout en accomplissant ce travail sur nous-mêmes, pourquoi ne pas chercher aussi à ressentir le pouvoir du Créateur qui vibre dans chacune des cellules de nos corps ? Pourquoi ne pas développer l’intuition afin d’appréhender, d’une façon non logique et non linéaire, ce qui ne peut jamais être mis dans une petite boîte telle notre tête ?

Je ne cherche pas à diminuer le corps mental et sa capacité de réfléchir et de penser, mais je veux simplement que nous portions notre attention sur le fait qu’il existe, derrière toute pensée, un « penseur créateur » responsable de toutes les pensées qui s’infiltrent dans la conscience de nous tous qui pensons. Il existe une plus grande raison que celle issue de la logique. Nous devons prendre conscience qu’il y a toujours une raison derrière la raison, et que si le mental essayait de capter ce fait dans son entière réalité, il se placerait dans une triste position, soit celle de frôler la folie. Le mental ne peut comprendre que les choses ne se suivent pas linéairement, où tout doit être la cause de quelque chose d’autre, où tout doit s’expliquer. Tout ne s’explique pas ! C’est peut-être pour cela qu’existe le mot « mystère ». Le monde où tout s’explique est un monde semblable à une prison qui, certes, nous donne l’impression d’être en sécurité, mais qui ne nous procure jamais la liberté, l’essence de notre être.

Si nous voulons l’ultime liberté, nous n’avons qu’à faire sauter les murs de notre propre prison conceptuelle et qu’à convier le Grand Tout à fêter notre délivrance en lui disant que nous sommes prêts à n’importe quoi et, surtout, prêts à nous ouvrir, sans condition, à inviter ce qui sera le meilleur pour nous, non pas ce qui nous sécurisera, mais ce qui nous aidera à évoluer davantage.

Je pense que Jésus a dit que tout commence par l’amour du prochain. À notre époque, l’amour du prochain requiert le partage de l’amour avec tout ce qui nous entoure. Néanmoins, l’important consiste à trouver une solution pour libérer la personnalité de l’emprise du petit soi. Aussi, plutôt que de chercher à faire briller notre personne, laissons l’âme habiter notre être comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

Lâchons prise…[1]

 

[1] Extrait du livre Les Enseignements de Simhananda – Paroles de Sagesse d’un Maître occidental, Pèlerin intemporel de la merveilleuse planète Terre, Éditions Paume de Saint-Germain, Québec, Canada, 2015, p. 17-23.