DK poorna-jnana yoga

Août 2018

L’espérance possède deux visages : l’un qui révèle une intention réaliste et qui soutient dans les moments intenses et pénibles, et l’autre qui démontre une insouciance ou une rêverie qui, au lieu d’aider, fait souffrir lorsque l’illusion de la réussite souhaitée est détruite. Nous sommes souvent confrontés à l’un de ces deux visages, et notre vigilance est de mise afin de poursuivre notre route quotidienne accompagnée d’une espérance juste et non erronée.

Lorsque nous parlons de la souffrance liée à l’espérance, nous traitons de la souffrance liée à ce sentiment qui nous rend aveugles et nous empêche de capter la réalité de la situation. Ce genre d’espérance est illusion et difficile à éliminer, car il est source d’un espoir voulant que l’obstacle qui nous empêche d’être heureux, se dissoudra seul ou avec l’aide d’une intervention divine, et que la source de bonheur, que cet obstacle nous empêchait d’atteindre, disparaîtra à force de cultiver cette « espérance ».

Une grande souffrance sous-tend ce genre d’espérance basée sur le désir qu’un miracle arrive, qui nous sauvera de ce que nous devons vivre pour notre propre évolution. L’espérance est une bonne chose lorsqu’elle est employée avec lucidité et logique. Des efforts doivent aussi l’accompagner, car l’espérance se tisse selon ce que nous devons comprendre et apprendre. Si la leçon est bien comprise et le karma réglé, l’espérance apporte bonheur et concrétisation du projet en cours de réalisation. Par contre, si l’espérance repose sur un désir sans une vision juste accompagnée d’efforts « justes », ce que nous récolterons sera une souffrance tapissée de haine et de colère.

Il va sans dire que le niveau initiatique joue un grand rôle, car plus l’être est avancé sur la voie, moins l’espérance se revêt de rêveries qui l’habillent d’irréalisme. L’être plus évolué travaille avec ardeur et acharnement afin qu’un projet réaliste puisse prendre forme, l’espérance devenant une motivation qui le soutient sans l’illusionner. L’espérance doit s’appuyer sur du concret, et non sur ce que l’on désire pour soi, sans égard de ce qui est préférable en soi.

Le degré d’espérance peut demeurer juste tant que l’individu travaille avec acharnement et correctement sur lui ou sur un projet qui le fera évoluer. Le projet peut être de tous types : familial, personnel, communautaire…, etc. L’individu doit demeurer réaliste et ne pas demander un miracle. Il sait que ce qu’il « espère » peut être possible et peut le faire évoluer dans un domaine particulier de sa vie.

L’espérance le soutient et lui permet de ne pas se décourager afin de poursuivre son travail. L’espérance, bien véhiculée, est un cadeau inestimable, mais mal utilisée, elle devient un poison qui fait souffrir celui dont l’espérance est davantage un rêve qu’une réalité possible. Cette fausse espérance, qui s’habille de rêveries, fait aussi souffrir ceux qui l’entourent, car comme un serpent, ce genre d’espérance, lorsque l’individu se sent trahi par autrui, devient désespérance et crache son venin sous forme de peur, de honte, d’angoisse, de haine, mais surtout de vengeance dirigée envers la source de son désespoir qu’elle soit autrui ou lui-même.

Il faut aussi mentionner que le degré d’espérance mis dans une illusion ou une rêverie aura un impact direct sur la souffrance vécue si cette « fausse espérance » se voit dissoute par une non-réalisation du désir qui l’a fait naître. Ce genre de souffrance peut détruire une situation, une vie, un groupe ou une nation.

L’espérance mal utilisée est sournoise et se glisse partout subtilement. Nous l’affrontons au quotidien sans nous en rendre compte avec nos collègues, nos enfants, notre couple, nos amis sur la voie spirituelle et le Maître qui souvent est la cible de haine et d’envie de la part de ceux qui ne peuvent comprendre toute la tâche qu’il accomplit et tous les karmas qu’il supporte, karmas générés par ses nombreux étudiants.

Le disciple imbu de ses désirs personnels espère être sauvé et aimé « humainement » par cet Être de Lumière qui doit constamment abaisser son niveau d’énergie afin de satisfaire, par amour, les ego fragiles de ses disciples. Le Maître aime inconditionnellement tous ses disciples, les supportant et les guidant sans que ceux-ci le sachent vraiment. Toute son énergie est employée pour eux, ce qui a pour effet qu’il lui en reste très peu pour lui-même et, s’il n’arrive pas à se régénérer suffisamment, cela peut affecter sa santé, ce que ses disciples en général ne comprennent pas toujours.

Cet Homme divin n’est pas un « surhomme » venu sur terre pour les sauver de leur destin. Sa mission est de les sauver de leur ego afin qu’ils accomplissent leurs destins. Par ce fait, il déçoit un jour ou l’autre leur espérance d’être « sauvés » de leur vie, de leur souffrance sans avoir appris les leçons qui doivent être comprises et intégrées pour leur propre évolution. Cette attitude mine leur discipulat et démontre qu’ils ne sont pas encore prêts à devenir de véritables disciples sur la voie, dont le mandat est d’avancer coûte que coûte, et ce, malgré tout ce qui leur en coûte pour devenir de plus en plus « libres » et pleins de « lumière divine » qui, tout en brûlant leurs impuretés, implique inconfort et souffrance, ce qui les libérera de l’emprise de leurs désirs égoïques.

Alors, observez attentivement les « espérances » que vous véhiculez jour après jour dans votre quotidien. Sur quoi s’appuient-elles ? De quelle nature sont-elles ? Sont-elles justes ou illusions forgées dans votre désir d’être simplement heureux sans changer et évoluer ? La réponse est en vous, et non dans le regard de votre Maître. Elle est dans votre personnalité, et non dans votre Âme, car la majorité de ceux qui me lisent présentement, sont encore loin d’un contact authentique et permanent avec leur Âme. Ne perdez jamais espoir, mais sachez reconnaître ses racines profondes en vous afin de ne pas vous faire berner par de faux espoirs insensés qui ne font que vous aveugler. Poursuivez votre route habillée d’une espérance réaliste et juste, qui vous fera vivre des moments authentiques de parfaits bonheurs souvent simples et réels.