paroles simhananda poorna-jnana yoga

Osez mourir alors que la Vie fleure de mille couleurs
et résonne de trompettes, de danses et de mille sons.

Il est difficile pour la conscience humaine de mettre en mots les différentes expériences vécues sur d’autres plans d’existence, car le monde physique, en dépit de sa grande beauté et de la multiplicité de stimulations qu’il offre, demeure essentiellement limité,imparfait et, en quelque sorte, impur. Par contre, puisque la Terre doit un jour devenir une planète sacrée — par la transmutation de la matière grâce à la Lumière et aux diverses qualités venant de l’Esprit — il y a un urgent besoin que chacun d’entre nous s’éveille à sa grandeur et à son infinité, et surtout que nous nous reconnaissions comme étant le Divin en tout. En d’autres mots, nous devons comprendre que nous sommes à la fois individuels et universels. Et chacun de nous a la capacité et le devoir d’influencer et d’ajouter un plus à cet « Universel ».

Compte tenu de notre vision limitée, nous éprouvons beaucoup de difficulté à assumer le fait que nous avons un rôle à jouer dans le processus infini de la création. C’est vraiment en expérimentant d’autres niveaux de conscience que nous reconnaîtrons, un jour, qu’il n’existe aucune séparation, aucun début, aucune fin. Même ce qui semble avoir une finitude, la forme physique par exemple, n’est en réalité qu’un changement atomique primaire nous offrant la possibilité de vivre dans les mondes que nous considérons actuellement comme étant sans forme.

Lorsque nous débutons sur la Voie, à l’image des enfants, nous avançons à tout petits pas. Un Maître zen donna un jour le conseil suivant à un de ses étudiants : « En ce qui a trait à tes expériences de conscience altérée, avance tout doucement, un millimètre à la fois. Puis, lorsque tu auras atteint ce millimètre, prends le temps de bien le solidifier avant de chercher à aller plus loin. Seulement de cette façon, atteindras-tu un jour le « un maître et demi » du Bouddha ».

Acquérir de la patience, au cours de notre cheminement spirituel, est donc essentiel, mais difficile à instaurer dans la forme, car nous vivons dans un monde qui nous pousse toujours vers l’avant et qui nous incite à croire que nous manquons continuellement de temps. Néanmoins, ceux et celles qui ont vécu certaines expériences mystiques savent que chaque moment contient en lui-même l’éternité. Une seconde peut être tellement vaste qu’elle peut pénétrer au cœur même de la réalité, et ce, même si nous avons passé d’innombrables vies à tenter de nous en rapprocher. Qui peut croire que notre éveil peut effectivement s’atteindre dans une fraction de seconde !

Du point de vue de l’âme, une vie se compare plus ou moins à une seconde et réussir à apprendre une leçon majeure dans ce laps de temps est un succès. La vérité ne s’acquiert pas avec la vitesse telle que nous la connaissons sur le plan physique. Tant que nous n’aurons pas atteint la sensibilité transpersonnelle de la transcendance, c’est une vraie perte de temps que de chercher à précipiter les choses.

Lorsque nous vivrons, par le biais de la méditation, certaines expériences de conscience altérée ou des voyages hors du corps, et que nous explorerons d’autres dimensions de notre être et de l’univers, nous connaîtrons une augmentation de notre fréquence atomique. Nous aurons alors la possibilité d’absorber certaines énergies et forces qui nous étaient impossibles à accumuler jusqu’alors. Bien sûr, cela exige un entraînement préalable du corps physique par la discipline d’un yoga ou d’une méditation afin de fortifier notre système nerveux, ce qui lui permettra de bien s’adapter à cette augmentation de voltage électrique. D’où l’importance de garder notre corps physique en forme.

Nous ne sommes jamais seuls, mais toujours accompagnés de nombreux êtres. Un jour, l’expansion de notre conscience nous permettra de voir la multiplicité qui englobe la personne à laquelle nous nous adressons ou que nous regardons. Lorsque nous devenons un canal ou un véhicule de transmission divine, nous n’exerçons non seulement une influence d’unité à unité, mais nous touchons une collectivité.

L’augmentation de notre niveau vibratoire nous pousse toujours vers notre ultime limite — et c’est loin d’être confortable. Dans un sens, comme Saint-Paul l’a dit, nous devons mourir quotidiennement, maintes et maintes fois, avant de devenir un citoyen du royaume céleste — et ce royaume inclut la Terre. Avant d’y arriver, nous souffrirons évidemment à une multiplicité de niveaux. Cette augmentation du niveau vibratoire provient non seulement de l’âme, mais d’un niveau qui lui est supérieur, qui pénètre et transforme chacun de nos corps… si nous réussissons à tenir le coup. L’âme est aussi stimulée par cet afflux d’énergie, ce qui la motive à apprivoiser avec grande joie ses corps inférieurs. C’est seulement lorsque cette imprégnation sera complétée que nous ressentirons, peut-être pour la première fois, la sensation de devenir une unité — non seulement une unité de conscience, mais une unité se manifestant dans la forme physique — nous permettant de découvrir que nous sommes essentiellement divins.

Il arrive parfois que, même dans notre quotidien, nous puissions vivre ce genre de distorsion du temps et de l’espace pendant laquelle nous nous sentons devenir à la fois tout petits et immenses. Dans la pratique des arts martiaux, la combinaison de mouvements peut s’exécuter à une telle vitesse que le spectateur ne parvient pas à les distinguer l’un de l’autre. Par contre, celui qui exécute ces mouvements a l’impression que tout se fait au ralenti. Sur le plan physique, tout semble rapide, bien que simultanément, tout se fait très lentement. Cette transformation de perception subjective des qualités objectives du temps et de l’espace permet à l’athlète de tomber au sol, par exemple, avec grande force, tout en ayant l’impression de tomber sur un oreiller. Il ne se fait jamais mal. Parfois, une personne sous l’effet de l’alcool peut expérimenter ce même phénomène. C’est ce genre d’expérience qui nous permet de constater que la matière n’est pas aussi solide qu’elle le semble. Pareillement, le temps n’est pas aussi fixe qu’il le paraît.

Je me souviens de ce commentaire de Michael Murphy : « Lorsque je commençais à courir, je ressentais une grande résistance, puis graduellement, un état de légèreté croissant m’amenait à perdre toute conscience de ma forme. » Il tombait alors dans un état où son corps n’existait plus et devenait « conscience pure ». Cette expérience l’ébranlait, et chaque fois, il interrompait sa course et pleurait comme un enfant. Michael Murphy vivait alors une crise d’identité, ne sachant plus qui il était, sachant toutefois que, dans cet état, il était bien plus vivant qu’il ne l’avait jamais été. Qu’il ait ou non une forme, il était tout simplement « ce qu’il était ». Et il savait alors que cette chose qu’il « était » ne pouvait jamais mourir, réalisation qu’il nous est impossible d’atteindre lorsque nous restons prisonniers de la forme.

À l’instant où nous parvenons à intégrer intérieurement le fait qu’une partie de nous est immortelle, cette prise de conscience change radicalement notre perception de la réalité. Et, en dépit du fait que la vie continue à être remplie de souffrance, cela ne nous gênera plus d’expérimenter la joie à travers ce mal-être, puisque nous saurons alors, avec certitude, que tout ce qui touche à la forme s’habille d’impermanence. Plaisir comme souffrance finissent par passer. Nous oublions très vite. Oui, même la douleur s’oublie.

Voilà qui est encourageant ! Si la douleur s’oublie, alors nous aussi, nous pouvons nous oublier. Et, en nous oubliant, nous parvenons à vivre non pas le vide, puisque le vide fait partie de l’oubli de soi, mais une plénitude qui, comme dans le film de Bertolucci, nous permet de dire : « La vie est belle ! ».