paroles simhananda poorna-jnana yoga

Le bouddhisme zen insiste énormément sur l’importance que revêt le quotidien. Qu’il s’agisse de servir un verre de bière, de laver la vaisselle, le plancher ou l’auto, de changer les taies d’oreillers, de cuisiner…, tout est important. Lorsque vous entreprenez une action, vous devriez lui accorder votre attention totale tout en respectant les objets avec lesquels vous travaillez. Vous devriez également porter la même attention à ceux et celles à qui vous vous adressez. Je ne connais rien qui engendre autant le mal et qui affaiblit autant le bien que l’inattention et la négligence. Négliger quoi que ce soit, une relation, la façon de vous habiller ou de ranger vos affaires, prédispose à l’éclosion de difficultés futures. C’est très subtil ! Mais, faire preuve de la moindre négligence par manque de vigilance ouvre la porte à toutes sortes d’intrus. Et lorsque ces intrus pénètrent votre conscience, ils affaiblissent ou effacent rapidement tout ce que vous avez construit de bien.

Lorsque vous êtes vigilants, du coup le bien apparaît, et le mal s’évanouit. Or, pour rester vigilant, il faut maintenir en tout temps un niveau d’énergie élevé. Tout manque d’énergie laisse facilement place aux démons de la pensée déformée, là où vos tendances irrationnelles risquent de s’imposer. À cet instant précis, vous n’êtes pas en mesure de voir clair, simplement parce que l’énergie suffisante pour le permettre vous fait défaut.

Avoir de l’énergie est non seulement une habitude, mais aussi une attitude. Vous pouvez vous y entraîner ! Même si, dans certains cas, la fatigue est naturelle et normale, votre esprit par contre ne se fatigue jamais. D’ailleurs, les scientifiques ont prouvé que le cerveau est une source constante d’énergie, dans laquelle il vous est possible de puiser sans réserve. De plus, l’espace qui vous entoure est rempli d’énergie pouvant vous servir abondamment. Il n’y a donc aucune raison de manquer d’énergie, à moins de manquer de vigilance, de devenir prisonnier de certains fantasmes ou de désirer fuir l’ennui du quotidien. Vous n’avez donc aucune raison de manquer d’énergie, à moins de manquer de vigilance, de devenir prisonniers de certains fantasmes ou de désirer fuir l’ennui du quotidien.

Qu’est-ce qui épuise l’énergie psychique de l’être ? L’inquiétude, l’anticipation, les attachements aux objets ou aux personnes que vous désirez « posséder » pour combler votre mal-être. Ce chantage psychique, manipulation subtile de l’ego, vous épuise suscitant, par le fait même, l’inertie et la paresse de tout votre corps.

Who is the enemy ? demande un maître hindou. A lack of energy. — Qui est l’ennemi ? Un manque d’énergie. Surprenant comme réponse, n’est-ce pas ? Lorsque l’énergie est présente, elle est toujours transmutable : l’esprit, les anges, l’âme, le maître intérieur peuvent transmuer l’énergie, même si elle est imparfaitement teintée de quelque chose de positif et de créateur. Lorsque l’énergie est présente, il est possible de l’utiliser, mais sans elle, c’est kaput, il n’y a plus rien à faire. Donc, en tout temps, cherchez à devenir des émetteurs d’énergie.

Avez-vous déjà observé que ce sont vos croyances qui créent vos limites ? Il est rare, par exemple, qu’un manque de sommeil affecte votre énergie, sauf si vous y croyez. Et même si vous vous imaginez penser le contraire, une croyance fondamentale inconsciente, transmise dans le passé, influence toujours votre degré d’énergie. Si vous n’avez pas éliminé cet agrégat de votre mémoire cellulaire, vous pouvez effectivement, lorsque bien motivés, vous pousser et fournir un travail énorme durant quelques jours. Mais après…, vlan, voilà que vous vous effondrez ou encore cherchez à attirer l’attention sur le fait que vous ne dormez pas suffisamment ou que vous travaillez trop.

Si vous êtes en manque d’amour ou d’attention, vous chercherez à combler ce manque en vous épuisant au boulot, bien que ce soit souvent fort inconscient. Vous ne réalisez pas jusqu’à quel point il vous est possible de vous rendre malades tout simplement pour aller chercher de l’attention. Pourquoi ? Parce que le « je » le désire. Le « je » souhaite être reconnu de tous lorsqu’il fait quelque chose de noble, lorsqu’il fait preuve de patience avec autrui, lorsqu’il se sacrifie… Et, plus les gens s’en aperçoivent, mieux c’est. Voyez-vous l’importance de vous observer et d’épurer vos conditionnements ?

Paradoxalement, la tradition zen vous apprend qu’il n’y a aucune raison de craindre d’être énergiques dans tous les aspects de votre vie. Vous pouvez même vivre votre solitude en étant remplis d’énergie. C’est toute une science que de bien vivre la solitude, avec vigilance, et de savoir l’apprécier ! La solitude vous habite tous, et certains d’entre vous sont appelés à la vivre extérieurement. Comment la vivez-vous ? Avec responsabilité et conscience ou pleurez-vous sur votre sort ?

Hermès Trismégiste[1], disait ce qui suit : Sorrow is a form of evil, — La tristesse est une forme de mal. Un disciple d’Hermès disait aussi : Give not up thy heart to sorrow for it is a sister to both distrust and wrath, — N’ouvrez pas votre cœur à la tristesse, car elle est à la fois la sœur de la méfiance et de la colère. Observez ceux qui aiment patauger ou se noyer dans la tristesse : it’s a form of evil. C’est très subtil !

Dans l’Ecclésiaste, livre de la Bible hébraïque, il est dit : Let not thy heart give way to discouragement, — Ne laissez pas le découragement envahir votre cœur. Léon Tolstoï, ce grand écrivain russe de Guerre et Paix a écrit : A man should be glad of heart; if you have joy no longer, find out where you have fallen into error, — Un homme devrait avoir la joie au cœur; si vous avez perdu la joie, trouvez où vous vous êtes engloutis dans l’erreur. Ne blâmez pas. Ne blâmez personne. Ne dites pas qu’il s’agit de la faute d’un tel ou d’une telle. Cherchez au fond de vous-mêmes et demandez-vous si c’est par le biais de vos pensées, de vos croyances ou de votre attitude que vous vous êtes enfoncés dans l’erreur. N’essayez pas de fuir, faites face !

La condition humaine se compose de joie et d’énergie, et ce, peu importent les conditions que vous avez attirées et que vous devez affronter. Marcus Aurélius, l’empereur romain, a cité ce qui suit : It is of no use being enraged against things, that makes no difference to them, — Il ne sert à rien de s’enrager contre les choses; cela ne les dérange pas.

Tout cela pour dire qu’il est très important de porter votre attention sur ce que la vie vous invite à vivre, moment après moment, car chaque moment vous présente son défi, son appel. Et, c’est seulement en étant « présents », ici et maintenant, que vous apprenez, pas ailleurs, pas dans votre tête ou dans des échappatoires fantaisistes, mais en étant entièrement ici. Je pense avoir déjà mentionné, lors d’un cours précédent, que même lorsque vous souffrez, la joie n’est jamais loin. Le fond de votre souffrance est tapissé de joie. Pour l’apercevoir, vous devez être entièrement présents, sans aucune échappatoire, sans chercher ailleurs, ou qui que ce soit pour vous sauver. Tous, vous avez les outils nécessaires pour y faire face.

Voici un koan que j’ai écrit portant sur ce thème. 

Don’t Want To Look

“It is obvious you are going in the wrong direction, Jane.”
“I don’t want to look.”
“Why?” queried the Buddha.
“In case you are right.”
And so, bloomin’ tired and in the dark, Jane sat on a barbed cactus,
And the Buddha moaned in pain [2].

Je ne veux pas regarder

« Il est évident que tu vas dans la mauvaise direction, Jane. »
« Je ne veux pas regarder. »
« Pourquoi ? » s’enquit le Bouddha.
« Au cas où vous auriez raison. »
Et ainsi, totalement épuisée et dans le noir, Jane s’assit sur un cactus acéré,
Et le Bouddha gémit de douleur[3].

Je ne veux pas regarder; je ne veux pas regarder l’erreur de mes erreurs. Je ne veux pas voir que je m’en vais dans la mauvaise direction. Je ne veux pas admettre qu’en ce moment même je commets une bêtise. Non, ne me dis rien de ce qui pourrait me rappeler ce que j’ai fait ou ce que je suis sur le point de faire. Je ne veux pas le savoir… au cas où tu aurais raison. J’aime mieux me fier à mes émotions et à mes désirs.

Un autre koan pour vous faire réfléchir au fait que vous ne désirez nullement changer.

The Women in Red

‘Om Mane Padme Hum’
“You are now healed, my dear”, intoned the Buddha.
“Hum, wow, that’s very true!”
“A miracle!”, cried out the women in red.
“But now, what to do about my miserable life, Lord[4]?”

La femme en rouge

« Om Mane Padme Hum » …
« Te voilà maintenant guérit, ma chère », entonna le Bouddha.
« Hum, wow, c’est très vrai ! »
« Un miracle ! » s’écria la femme en rouge.
« Mais maintenant, que faire à propos de ma misérable vie, Seigneur[5] ?»

Et le dernier koan pour aujourd’hui, à ne pas négliger. 

Just In Time

Time heals not wound, nor sorrow.
Hurt may go into hiding for a while,
but its ghost stays very much alive.
The predilection of the ghost to haunt the present,
depreciates not with the advance of years.
And the phantom of deep-felt pain is never penitent.
“Nope, times certainly does not release hurt”,
construes the chastised ostrich,
finally pulling its head out of the sand…
just in time to see the Buddha chop it off[6]!  

Juste à temps

Le temps ne guérit ni blessure ni peine.
La douleur peut se cacher un certain temps,
mais son fantôme demeure très vivant.
La prédilection du fantôme à hanter le présent
ne diminue pas au fil des ans.
Et le fantôme de la douleur profondément ressentie
ne se repent jamais.
« Non, le temps ne délivre pas la douleur »,
conclut l’autruche châtiée, sortant finalement sa tête du sable…
juste à temps pour voir le Bouddha la lui couper[7] ! 

En plaçant votre espoir sur le temps qui guérit, vous vous retrouverez vingt ans plus tard avec le même fantôme qui vous hantera toujours. D’autres façons de guérir définitivement existent, mais ce ne sera pas le temps, car le temps est votre ennemi. Pensez-vous qu’une douleur peut se repentir ? Non ! Pensez-vous que le temps permettra à son fantôme de se repentir ? Non ! Le fantôme créé dans le passé ne disparaît pas, il reste prisonnier du temps.

Si seulement il vous était possible de comprendre véritablement ce koan ! Vous y découvririez un trésor incroyable qui vous aiderait à affronter toute souffrance qui se manifestera dans l’avenir… sauf, bien sûr, si vous mettez votre tête dans le sable.[1] Père de la doctrine philosophique grecque appelée « hermétisme » qui préconise la quête du salut par la connaissance : se connaître, se reconnaître comme étant fait de vie et de lumière, comme Dieu en tant qu’intellect.

 

[2] Ken, N.O. Sho, Holy-Moly Hiccoughs and Enigmatic Knotty Eructations From the Boffola Belly of Bu’Tai – The Drôleries and Dictums of Crazy Modern Dzog-zen, Orange Palm Publications, Montréal, 2007, day 113, 416 p.

[3] Traduction libre.

[4] Ken, N.O. Sho, Holy-Moly Hiccoughs and Enigmatic Knotty Eructations From the Boffola Belly of Bu’Tai – The Drôleries and Dictums of Crazy Modern Dzog-zen, Orange Palm Publications, Montréal, 2007, day 111, 416 p.

[5] Traduction libre.

[6] Ken, N.O. Sho, Holy-Moly Hiccoughs and Enigmatic Knotty Eructations From the Boffola Belly of Bu’Tai – The Drôleries and Dictums of Crazy Modern Dzog-zen, Orange Palm Publications, Montréal, 2007, day 104, 416 p.

[7] Traduction libre.